Le concept motio© s'inscrit dans la médecine traditionnelle, il se veut préventif et curatif. Cette thérapie manuelle s'adresse aux atteintes fonctionnelles. La lésion structurelle déborde donc ses possibilités thérapeutiques.

La thérapie motio©, du latin motius « mouvement » et OO « eau » est au service de la cellule. Elle concerne les oubliés de la médecine, à savoir le tissu conjonctif et le métabolisme de l'eau. L'eau n'est-elle pas d'abord le constituant majeur de toute matière vivante, de tout être vivant ?
En effet, un être humain est composé de 60 à 70% d'eau. L'eau est encore un aliment indispensable. Constituant de chaque être, elle doit se renouveler sans cesse ; ainsi un être humain a besoin journellement d'1 mL d'eau par calorie absorbée.
Chaque cellule vit donc dans un environnement liquide qui doit être constamment renouvelé : elle puise dans ce liquide son oxygène, ses nutriments et y évacue ses productions, ses déchets. L'absence de renouvellement est synonyme de dysfonction cellulaire d'abord, d'organes ensuite… prémices de la maladie.

Cet environnement liquide et la trame tissulaire conjonctive qui le contient constituent le milieu interstitiel, véritable poumon de nos cellules.

L'eau est partout ; elle se trouve d'abord à l'intérieur des cellules où elle joue un rôle crucial. Elle tient ensemble tous les éléments de cette usine chimique complexe qu'est une cellule. Elle en permet la bonne marche, elle rend possible les réactions biochimiques, les échanges, les recompositions : elle est le milieu, le forum, le vecteur de toutes les communications.
L'eau est aussi présente hors des cellules. Celles-ci baignent dans ce liquide interstitiel qui vient des boucles capillaires circulant entre les cellules. La loi physiologique de Starling régule à ce niveau la sortie d'eau. Après avoir pénétré dans la cellule pour la nourrir, le liquide interstitiel en sort avec les déchets. Ceux-ci retournent pour partie aux micro-canaux sanguins et pour l'autre, sont évacués dans un autre réseau, celui de la lymphe. Liquide interstitiel, sang et lymphe sont presque exclusivement composés d'eau. Cette eau qui va et qui vient à travers la membrane, c'est l'osmose, écluse suprême.
La régulation de l'eau, ce constituant majeur du corps, s'avère donc essentielle à la vie cellulaire. Assurer son renouvellement implique une « vis a tergo », un « moteur mécanique ».

Dans notre organisme, ce moteur est le mouvement tissulaire interne motio© (MTI).

Ce mouvement tissulaire interne trouve son origine au niveau vasculaire, au niveau des fluctuations intrinsèques de la fréquence cardiaque 1. La fréquence cardiaque est un signal biologique sinusoïdal complexe dont l'étude par un procédé mathématique, la Fast Fourier Transform (FFT), permet de découvrir plusieurs harmoniques constituants ou oscillateurs. Les deux plus importants oscillateurs de la fréquence cardiaque sont le système neurovégétatif, dont la fréquence oscille autour de 0,1 Hz et la fréquence respiratoire. Cette dernière oscille quant à elle à une fréquence plus élevée, dépendant des besoins en oxygène du sujet.
La fréquence cardiaque oscille donc sinusoïdalement ; elle va générer l'oscillation du débit cardiaque qui crée celle de la pression artérielle. Cette variation de la pression artérielle est connue sous le nom d'onde de Traube-Hering-Mayer. Elle parcourt l'arbre vasculaire, du cœur, le moteur, jusqu'aux plus petits vaisseaux enfouis aux tréfonds de la trame tissulaire des différents organes.
Ce mouvement perpétuel d'origine vasculaire anime l'ensemble du tissu conjonctif ubiquitaire et devient donc perceptible par une main entraînée partout sur le corps. C'est la palpation fonctionnelle 2 , qui constitue l'atout majeur du diagnostic du thérapeute manuel.

« Le corps humain est un livre qu'il faut savoir lire, dont il faut apprendre le langage, pour en comprendre l'histoire » 3.

Le langage du corps est le mouvement et les pages du livre sont les grands fascias du corps. Ils constituent une entité fonctionnelle c'est-à-dire une seule et même trame tissulaire prenant relais sur certains os et se fixant sur d'autres.
Dans le concept motio©, l'analyse de cette entité fonctionnelle privilégie la palpation fonctionnelle de certains os appelés « observateurs » de la trame fasciale parce que véritablement ancrés dans celle-ci. Ce sont les rotules, les iliaques, le sacrum, les vertèbres, les omoplates, le sternum, l'os hyoïde et la mandibule. Ces « observateurs » sont le reflet des tensions régnant dans le fascia. En effet, la dysfonction primitivement située dans celui-ci va translater « l'observateur » vers elle et l'empêcher d'aller dans le sens opposé.

La palpation fonctionnelle de ces « observateurs », qui recherche cette translation, permet d'analyser et de situer la dysfonction.

Le concept motio est donc de rechercher l'absence du mouvement physiologique de nos tissus, rappelons-le, reflet du mouvement vasculaire qui se caractérise par une alternance d'expansion-rétraction ou ouverture-fermeture ou encore rotation interne-externe.
Toute translation traduit donc une augmentation de la tension du fascia. Toute tension du fascia entraîne alors une stase, « primum movens » de la physiopathologie de la dysfonction tissulaire. En effet, le réseau vasculaire intégré à cette trame fasciale sous tension va s'exprimer par une hausse de la pression artérielle locorégionale engendrant au niveau des micro-canaux une sortie d'eau supplémentaire dans un tissu déjà inerte. Cette eau en excès va se fixer au niveau de la substance fondamentale du tissu conjonctif transformant celui-ci en une substance plus proche du colloïde que de la solution. En d'autres termes, cette eau en excès se fixant à la substance fondamentale représente ce que l'on appelle en physiologie l'eau liée par opposition à l'eau libre.

Plus une trame tissulaire constitue des « murs d'eau », plus elle absorbe l'onde vasculaire de Traube-Hering-Mayer, moins le thérapeute perçoit de mouvement tissulaire interne physiologique.

Si la médecine traditionnelle instaure son traitement par rapport au symptôme, expression de la pathologie du patient, la thérapie motio© utilise ce symptôme et le diagnostic conventionnel pour poser l'indication ou la contre-indication relative ou absolue de la prise en charge thérapeutique manuelle.
Le praticien motio©, indépendamment du symptôme et du diagnostic traditionnel, recherche dans la trame tissulaire l'origine potentielle de l'affection : elle se traduit par une absence de mouvement tissulaire interne parfois et même souvent à distance de la plainte du patient.
Le but du traitement manuel est de lever la restriction de mouvement au départ des compensations du patient et de restaurer par une approche très globale la « vis a tergo » du métabolisme de l'eau, but ultime du traitement.

Bon mouvement tissulaire, synonyme de bonne circulation d'eau, bonne nutrition tissulaire, bonne élimination des déchets, en d'autres termes restauration de la fonction. La restauration d'une fonction, qu'elle soit articulaire ou organique, est facteur d'indolence traduisant la disparition des compensations du corps induite par le système nerveux central.

Percevoir le mouvement tissulaire interne, le qualifier, impose au thérapeute manuel un apprentissage gestuel précis. Des connaissances d'anatomie descriptive et topographique, ainsi qu'une compréhension physiologique des grands systèmes s'avèrent essentielles pour repérer la structure à palper et à travailler. Toutes les normalisations sont fonctionnelles et se basent sur la physiologie des tissus, matériaux inhomogènes, répondant à une contrainte minimale par une déformation maximale 4.

 

  1. DREEZEN Eric : Analyse spectrale des fluctuations de la fréquence cardiaque : étude transversale des effets de l'entraînement, Mémoire présenté en vue de l'obtention du titre de licencié en Médecine du Sport, Ulg 1985/1986 ; 7.
  2. SERGUEEF Nicette : Ostéopathie pédiatrique, éditions ELSEVIER-MASSON, 2007 ; 29.
  3. SERGUEEF Nicette : L'odyssée de l'iliaque, éditions SPEK, 5ème édition, 2004 ; 30.
  4. KLEIN Paul et SOMMERFELD Peter : Biomécanique des membres inférieurs, bases et concepts, bassin, membres inférieurs, éditions ELSEVIER-MASSON, 2008 ; 90-93.